Amis Bibliophiles bonsoir,
Le salon du livre et papiers anciens, qui se tenait du 25 octobre au 3 novembre à l'espace Champerret, doit-il continuer ? Va-t-il continuer ? Par extension, ce type de salon a-t-il encore un avenir ?
Cette petite heure que j'y ai passé en compagnie d'un copain bibliophile m'a un peu fait songer à tout ça. A l'heure ou l'on entend des rumeurs chez certains libraires de la difficulté à vendre les livres je m'étonne de la stagnation, voir de la dégradation, de l'ambiance générale du marché du livre et de son fonctionnement.
Certes Champerret est un salon particulier, tirant sur la brocante (à ciel fermée hélas), et l'on y trouve pas la même chose qu'au Grand Palais cela va sans dire, mais là n'est pas le problème. L'atmoshpère y était tellement morose que toute envie d'acheter se coupe en cinq minutes. Alors bon le lieu est immonde ça n'aide pas, tout le monde s'accorde à le penser si ce n'est à le dire, mais alors pourquoi persister ici ? La cohérence du salon est douteuse, les stands peu engageants à quelques exceptions près. Les allées semblaient bien vides ce dimanche...
Question : Les libraires rentabilisent-ils leurs stands ?
Quel est réellement l'intérêt de cette manifestation ? Cela dynamise-t-il le marché du livre ? Cela ne le plomberait-il pas un peu au contraire ? La forme étant moyenne, le fond pas trop compréhensible... Ce qui est certain, c'est que je n'y retournerai plus jamais, et je doute que mon pote y pose à nouveau ses pompes également. Je n'ose penser ce que peuvent ressentir des visiteurs venant ici au hasard, mais y-en-a-t-il ? Non y'en a pas.
La vente du livre ancien (du bouquin à 50 euros à celui à 2 millions) est un business dont la forme stagne et ou chacun tire dans son coin, combien de temps ce système peut-il fonctionner en profitant au plus grand nombre ? Dans tous les cas je suis surpris que les libraires ne réfléchissent pas à des initiatives collectives originales, à un futur, à un autrement.
Ce marché n'a aucun dynamisme et tourne en rond : libraires installés, clients installés, manifestations installées, à terme c'est purement suicidaire (trop long terme pour pousser à réagir ?).
Ce qui sauve le livre ancien c'est sa trésorerie. Celles des libraires (quelle qu'en soit la forme), des collectionneurs, des quelques institutions publiques qui achètent, de quelques entreprises privées. Les livres et leur valeur en euros vont de poches en poches mais il y a peu d'argent frais qui rentre dans ce marché dont le fonctionnement intrinsèque ressemble davantage à de l'échange et à du troc. Heureusement la trésorerie actuelle est énorme et permet donc encore de tourner en rond (nettement moins bien qu'il y a 20 ans pour certains types de marchandises). Mais pour combien de temps ?
Rien n'est fait (j'exagère ?) pour rendre attrayant cette niche qu'est le livre ancien, pour l'étendre un peu, la faire connaître, que sais-je. La clientèle est vieillissante... Je me demande comment les libraires envisagent l'avenir, comment ils voient leur boulot dans vingts ans. Après moi le déluge... ?
La vielle belle maison perd ses tuiles, et personne ne semble prêt à jouer collectif pour financer les travaux de restauration. A croire que chaque libraire pense qu'il est de ceux qui ne fermeront pas leurs portes, qui tiendront. Car ce sont eux les principaux acteurs (théoriquement), c'est à eux que revient de faire bouger les choses, de rendre tout le tintouin un peu attractif.
Je donne deux ans de triste agonie au Salon de Champerret avant de mette la clé sous la porte. Ensuite, le tour à qui ?
D'ici à 2020 une nouvelle rubrique risque d'apparaître dans ce blog, et elle sera nécrologique : La liste des librairies et manifestations liées aux livres anciens qui, chaque année, disparaissent.
Si cela advient, et vu que les acteurs principaux de ce marché se croisent les bras et Ponce-Pilatisent depuis des années, et bien j'irais cracher sur leur tombes.
Le Bibliophile D'Evian.