Amis Bibliophiles bonjour,
Alors voilà, on vient de me donner un million d'euros à dépenser en livres anciens et je suis perdu.
C'est comme lorsque vous êtes dans un restaurant et que le serveur déplie devant vous une carte avec 20 entrées, 20 plats, 20 desserts... je ne sais pas vous, mais moi ça me bloque.
C'est pareil avec ce million d'euros, j'ai comme un blocage. Trop de choix tue le choix. Ah j'étais bien mieux avant, quand je devais compter, chasser, essayer de faire un joli coup en salle des ventes.
C'est arrivé le 15 juillet.
Belle aubaine me suis-je dit, il y a une vente chez Christie's demain à Londres. Un coup de jet (l'avion), oui, j'ai décidé de voyager à la mesure de mes nouveaux moyens et me voici King Street, sous les lambris de l'une des plus prestigieuses salles des ventes du monde.
Il faut montrer patte blanche pour obtenir son "paddle" (la planchette, pas le stand-up), mais mes prétentions parlent désormais pour moi, et l'on ne prête qu'aux riches.
A la lecture du catalogue et me souvenant un récent dîner avec des amis bibliophiles où l'exhibition par l'hôte de ses livres d'heures avait perturbé ma digestion et flétri ma bibliophilie pour quelque mois, je me disais que l'occasion était trop belle de lui en remontrer et de lui faire avaler ses Aumale. Un petit missel italien du XVe devrait faire l'affaire, tiens celui-là, le lot 11, c'est pratique, il n'y aura pas longtemps à attendre (l'argent a eu cet effet inattendu sur moi, riche, je suis devenu pressé, alors que justement, il n'y a plus qu'à se laisser aller). Enfin bref... le 9, le 10, le 11 nous y voilà.
Missel d'Udine, 1430-1435, bla bla bla, on s'en fout, et deux minutes plus tard, patatras, 1,4 million d'euros. Ah oui mais non. A quoi ça sert alors? Refroidi. Finalement, un million, c'est quoi?
Heureusement, pas le temps de se lamenter, un coup de jet, Uber et hop me voici de retour au manoir où mon majordome me remet à mon arrivée le dernier catalogue de Camille Sourget. Etant moi-même mi gandin, mi dandy, j'ai proposé à Philippe Gandillet d'être mon majordome. Double avantage: je goûte le luxe suprême d'être assisté par plus élégant que moi, il est fin connaisseur de livres. Il est légèrement iconoclaste je le concède, et a toujours quelques chose à dire, c'est certain, mais pour l'instant je m'en accommode fort bien.
Enfin bref, le catalogue Camille Sourget donc. Tic tac (le clavier), 1 + 1 + etc... Et hop un million. Cinquante lots, l'intégrité du catalogue pour un million d'euros. Soyeux n'est-il pas?
Et bien non, Vauban et Brueghel, Montaigne et Lamartine, tout cela en même temps, ça ne passe pas.
C'est compliqué en fait de savoir mettre une valeur sur les livres. Mais Est-ce vraiment important? (Ok un peu quand même, même pour l'amateur). Je reçois deux à trois emails par semaine de lecteurs de passage sur le blog qui m'interrogent sur la valeur d'ouvrages hérités. La plupart du temps, c'est à dire quand il ne s'agît de Larousse du XXe, j'ai beaucoup de mal à leur répondre, notamment parce que j'ai peur de les froisser.
C'est pareil avec mes ouvrages: pour ce qui est de leur valeur financière, je ne sais guère l'exprimer que lorsque j'ai devant moi un bordereau ou une facture. Quand j'essaie de vendre certains ouvrages pour en acheter d'autres, soit je les sur eBay et il finissent par y attraper des toiles d'araignée, soit je les propose à un libraire qui accepte ma première proposition avec empressement.
Je ne sais pas faire. Je crois que je sais reconnaître un beau livre, je sais reconnaître un livre qui me fait envie, mais après 20 ans de bibliophilie, je suis toujours extrêmement maladroit pour ce qui est de leur attribuer une valeur. Du coup, je ne m'y essaie même plus. Ce qui est cocasse ce que même si cela reste délicat, j'ai beaucoup plus de facilité à estimer ou évaluer les ouvrages des autres.
C'est grave docteur?
H
P.S.: bon, sinon ça devient dur de trouver des sujets d'articles pour le blog, vous auriez des idées?